Dans le cadre de notre édition autour de la transmission du savoir, nous avons eu la chance d'échanger avec Valéry Ossent, président de la Fabrique de Guyenne, qui s'est lancé dans un chantier monumental : faire sortir de terre un édifice gothique semblable à une cathédrale pour valoriser les expertises ancestrales des batisseurs, en utilisant les techniques de gestion de projet et de facilitation modernes.

Bonjour Valéry, peux-tu commencer par présenter ton parcours et l’association la Fabrique de Guyenne ?

Bien sûr ! Je m’appelle Valéry Ossent et je suis le président de la Fabrique de Guyenne. C’est une association créée il y a deux ans qui vise à organiser la construction d’un édifice gothique à l'image des cathédrales près de Bordeaux, en utilisant les savoir-faire traditionnels issus du Moyen-Age. Le chantier sera ouvert au public, l’idée étant de montrer en temps réel le fonctionnement d’un chantier médiéval. En ce qui concerne mon parcours personnel, j’ai d’abord été ingénieur BTP pendant une dizaine d’années, avant d’entamer une reconversion il y a deux ans. Même si je ne venais pas du milieu des métiers du patrimoine, je suis passionné par ce domaine et j’ai suivi une formation de tailleur de pierres pour comprendre les outils et le fonctionnement d’un chantier médiéval.

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Pourquoi as-tu décidé de te lancer dans un tel projet ?

C’est un projet auquel je réfléchis depuis longtemps, mais deux éléments en particulier m’ont donné une impulsion : d’un côté le chantier de Guédelon en Bourgogne et de l’autre la construction du bateau Hermione à Rochefort. Ce sont deux chantiers qui sont ouverts au public et qui se financent en partie en accueillant des visiteurs. L’objectif de la Fabrique de Guyenne est double : nous souhaitons à la fois mettre en valeur le patrimoine médiéval et assurer une promotion active des métiers d’art et du patrimoine en permettant à ces artisans de rencontrer directement le public, en particulier les jeunes générations.

Où en êtes-vous actuellement dans le projet ?

C’est un projet encore jeune ! Nous sommes encore aujourd’hui une petite association de trois personnes, et il a fallu ces deux dernières années pour créer un réseau de savoir-faire autour du projet. Nous sommes maintenant à la fois dans une démarche administrative liée au chantier, et dans une démarche de recherche de financements qui est en bonne voie. Le chantier devrait commencer dans un an et durer entre quarante et cinquante ans.

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Comment as-tu réuni les savoir-faire nécessaires au projet ?

Nous avons réuni autour de nous une vingtaine de professionnels issus de milieux très divers, aussi bien des chefs d’entreprises que des compagnons des diverses organisations compagnonniques, des professeurs de l’Education nationale, des spécialistes médiévaux et des architectes en chef des monuments historiques. Ce sont donc des métiers très différents, mais tous adhèrent à nos valeurs de promotion des savoir-faire et du patrimoine architectural, et nous aident dans la conception du projet. Le chantier permettra à ces professionnels de gagner en reconnaissance et de travailler dans un cadre unique, car nous concevons cet édifice comme un musée de l’architecture gothique qui permettra d’en suivre l’évolution et de mobiliser une multitude de techniques et de matériaux, comme à l’époque médiévale.

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Quels types d’outils utilises-tu pour favoriser la communication entre toutes ces personnes ?

Dans ce projet, la communication est d’autant plus importante que nous essayons de faire collaborer des gens qui n’ont pas l’habitude de travailler ensemble. L’aspect très transversal du projet me rappelle d’ailleurs mon expérience en ONG. Nous n’en sommes encore qu’au début et je suis toujours à la recherche de solutions efficaces, mais je commence à découvrir le domaine de l’intelligence collective. J’organise par exemple des World Cafés et des tables rondes pour permettre aux gens de se parler et faire émerger des idées. Notre présence sur les réseaux sociaux est encore assez légère et je souhaiterais développer cet aspect-là.

Pour finir, que t’as appris cette expérience jusqu’à maintenant ?

J’apprends de plus en plus qu’il faut se fier à son instinct, en particulier dans les relations personnelles et le choix des personnes avec qui l’on travaille. Ce projet a aussi renforcé ma conviction que le partage de valeurs communes, et l’envie de produire un travail de qualité et porteur de sens étaient la première source de motivation, qu’il s’agisse de bâtir un édifice gothique ou dans toute autre entreprise collective.